Anette se dirige, tête baissée, tout en lenteur et d'un pas aussi lourd que son autorité est légère, vers le lycée, pour une nouvelle journée de soumission à des élèves n'ayant même pas la moitié de son âge; elle prend tout d'abord le chemin de la salle des profs, où aucun de ses collègues ne daignera la saluer; hé oui, Anette, dans toute son insignifiance, est une grande source d'indifférence...
Le pâté informe que constitue son anatomie gagnera ensuite sa petite salle 123, tandis que, chemin faisant, des élèves cachés hurleront son nom d'un ton mesquin au possible. Là, elle se retournera frénétiquement, tel le veau apeuré, et essaiera en vain de contenir les larmes que suscitent la prise de conscience du ridicule inhérent à sa personne.
Après avoir subi les moqueries et jeux exercés par les adolescents afin de faire pression sur ses nerfs très fragiles, la vieille fille (Fraulein) se cachera dans sa salle pendant la récré pour se toucher en guise de consolation à son éternel mal-être.
Après une dure journée de labeur pour gagner de quoi entretenir ses poignées d'"amour", le spectre de la vie pourrie qu'est notre Anette nationale appellera son "ami" pour trouver de la tendresse auprès de cet "homme" aussi ingrat d'esprit que de physique. Lui-même acceptera à contre-c½ur une entrevue, après que la dépressive lui ait fait du chantage au suicide.
Après ce court moment de détente, sur lequel nous éviterons de nous attarder pour éviter de susciter nausées et diarrhée chez le lecteur, Anette se glissera non sans mal dans son lit, rêvant d'être bordée par une figure maternelle, symbole de la compassion, dont a grandement besoin la pauvre femme...
Evidemment, à l'instar des contes des mille et une nuits, ces événements se répètent à l'infini dans la misérable existence de l'insignifiante Anette D.; la boucle achèvera de se dérouler quand elle ou le sort décidera enfin qu'il est grand temps pour elle de rejoindre tous ses semblables, animaux et martyrs, profs d'Allemand dépressives et vieilles filles, qui l'attendent après la vie, avec un joli gâteau, bien gros comme elle les aime...


